Le Mierre[37] lui disait un jour:—Rappelez-vous que d'Alembert, après la première représentation d'Hypermnestre, a dit que j'ai fait faire un pas à la tragédie. Elle reprit en riant: «Est-ce en avant ou en arrière?»
Quelques jours après la nomination de M. de Boynes au département de la marine, on donna à l'Opéra une pièce dont un des actes offrait la vue d'une mer couverte de vaisseaux. Le nouveau ministre se trouvant à cette représentation, quelqu'un le fit remarquer à Mlle Arnould. «Ne voyez-vous pas, dit-elle, qu'il vient ici prendre une idée de la marine.»
On dit que Valeria Coppiola, célèbre chorégraphe romaine, dansait, sautait et cabriolait encore sur le théâtre à l'âge de cent quatre ans, après y avoir figuré pendant quatre-vingt onze ans consécutifs: une danseuse de l'Opéra voulant sauter sur ses traces, refusait sa retraite malgré ses longs travaux. «Elle est bienheureuse d'être aussi ingambe, dit Sophie, car à son âge on ne sait ordinairement sur quel pied danser.»
La manie des titres de noblesse fit prendre à M. de Pezai celui de marquis[38], quoiqu'il ne fût que le fils d'un nommé Masson, ancien commis du contrôle général. Ce poëte voulant paraître à la cour, acheta une généalogie qui le faisait descendre d'un comte Massoni d'Italie, et à la faveur de ce brillant vernis il épousa une jolie femme à laquelle M. de Maurepas fit donner par le roi une dot considérable. «Ce jeune homme, disait Sophie, a tant de prétentions qu'il donnerait la moitié de son bien pour être auteur, et le reste pour être gentilhomme.»
Aux fêtes de la cour qui eurent lieu à Versailles à l'occasion du mariage du dauphin, Mme la duchesse de Villeroi composa les paroles d'un ballet mêlé de chant et de danse, intitulé la Tour enchantée. Cette tour était une petite machine en papier huilé vert et blanc. Mlle Arnould qu'on y voyait à travers une petite porte de gaze blanche, avait l'air d'un avorton conservé dans un bocal d'esprit de vin. On en fit la remarque à Sophie après la pièce, et elle répondit: «Cela est tout simple, puisque je suis le fruit d'une fausse couche de Mme la duchesse de Villeroi.»