Deux mousquetaires courtisaient Mlle Granville de l'Opéra. L'un d'eux dit à Sophie en parlant de son camarade:—Nous sommes rivaux et nous vivons en frères.—Oui, répondit-elle, mais vous vous aimez comme deux frères qui ont une succession à partager.
Mlle Laguerre n'étant que fille des chœurs fut, dit-on, trouvée en flagrant délit dans une loge. Cette aventure amusa beaucoup les habitués de l'Opéra; mais comme ce n'était pas la première de ce genre, l'affaire n'eut aucune suite. Quelques jours après, par un temps très-froid, cette actrice parut à la répétition avec une robe toute garnie de fleurs. «Bon Dieu! lui dit Sophie, tu as l'air d'une serre chaude.»
Un anglomane lisait une traduction qu'il avait faite de la tragédie de Macbeth, et en vantait beaucoup les beautés. «Quel sujet noir et froid! s'écria Sophie; c'est une nuit d'hiver que cette pièce-là.»
Les cheveux étaient un des genres de beauté qui brillaient en Mme Dubarri, et qu'elle soignait davantage; elle avait appartenu dans sa jeunesse au coiffeur Lamet, et c'est d'elle que sont venus depuis, lorsqu'elle fut dans le cas de faire exemple, les chignons adoptés par les femmes du plus haut parage. Cette mode fit naître des chansons et des caricatures aux auteurs desquelles la bonté de la favorite pardonna toujours; mais un jour Sophie fut menacée de Sainte-Pélagie, pour avoir dit au sujet d'une prochaine disgrâce de Mme Dubarri: «Quand le BARIL roulera, le chancelier aura les jambes cassées.»
Le marquis de Pezai, surnommé le singe de Dorat, portait des talons rouges et se donnait tous les airs d'un grand seigneur. Une dame à laquelle il faisait la cour demanda à Mlle Arnould si elle connaissait sa famille.—Certainement, répondit-elle, c'est le fils de Scarron.—Vous plaisantez, sans doute?—Non, vraiment; Scarron n'a-t-il pas fait le Marquis ridicule?