Le docteur Léger, médecin renommé parmi les vierges de l'Opéra, s'étonnait de ce que les femmes galantes donnaient plus d'amour qu'elles n'en prenaient. «C'est comme les bons médecins, dit Sophie, qui ne prennent jamais de médecine


Le boucher Colin, après avoir fait pendant six ans les honneurs de la cuisine de Mlle Duplant, se trouva totalement ruiné, et fut obligé de se mettre à l'année chez un confrère qu'il avait lui-même occupé dans sa splendeur. Pendant une répétition, on laissa par mégarde aller sur le théâtre de l'Opéra un gros chien de boucher. Sophie appela aussitôt sa camarade, et lui dit: «Tiens, Duplant, voici le coureur de ton amant.»


Le marquis de Lettorière[41], cet aimable roué qui ruina tant de femmes, et dont la dépense aurait tari les sources du Pactole, avait été mis aux arrêts pour avoir battu un de ses créanciers. Il perça pendant la nuit le mur de sa prison et alla coucher avec une nymphe de l'Opéra. A cette nouvelle Sophie dit: «Cet étourdi paie joliment ses dettes; il fait un trou pour en boucher un autre.»


Mlle Duperrey, charmante danseuse de l'Opéra, pleine de grâces et de talens, se mit au couvent par dépit de n'avoir pu fixer le danseur Dauberval qu'elle voulait épouser. Quelques jours avant cette fugue, Sophie lui avait dit: «Ma chère Duperrey, la femme qui se marie met la main dans un sac où il n'y a qu'une anguille sur une centaine de serpens; il y a cent à parier contre un qu'au lieu de l'anguille c'est un serpent qu'elle prendra.»


M. *** avait le défaut de bredouiller; un jour qu'il faisait de grands complimens à Mlle Arnould sur son esprit et ses talens: «Ménagez mon amour-propre, lui dit-elle, et souvenez-vous qu'en fait de flatterie on aime mieux le peintre que le barbouilleur