Les Fables de Dorat ont des grâces que ce genre semble proscrire, et l'affectation du bel esprit en écarte presque toujours la simplicité et la naïveté du fabuliste. On a dit qu'il voulait rire comme La Fontaine, mais qu'il n'avait pas la bouche faite comme lui. Mlle Arnould disait, en faisant allusion aux gravures prodiguées dans les Fables de ce poëte musqué: «Ce pauvre Dorat se sauve par les planches.»
Un de ces petits maîtres en soutane qui fourmillaient alors dans toutes les sociétés, et qui, comme l'abbé Pellegrin, dînaient de l'autel et soupaient du théâtre, se lia avec Sophie, et voulut goûter le plaisir des élus: «O ciel! que me proposez-vous là, s'écria-t-elle; vous ne savez donc pas que j'ai rayé de mes tablettes l'histoire ecclésiastique?»
C'est le 5 février 1772, dit le baron de Grimm dans sa correspondance, que le duc de la Vauguyon alla rendre compte au tribunal de la justice éternelle de la manière dont il s'était acquitté du devoir effrayant et terrible d'élever un dauphin de France, et recevoir le châtiment de la plus criminelle des entreprises, lorsqu'elle ne s'accomplit pas au gré de toute la nation. Le lendemain de son décès, l'Opéra donna Castor et Pollux. Le ballet des diables ayant manqué, et messieurs les démons dansant tout de travers, Sophie Arnould dit: «Qu'ils étaient si troublés par l'arrivée de M. le duc de la Vauguyon que la tête leur en pétait.»
M. ***, intendant du prince de Guémené, devait sa fortune à celle de son maître, dont il n'avait pas mal embrouillé les affaires. Cet homme avait de l'esprit, faisait des vers et travaillait à un opéra. Un de ses amis ayant communiqué l'ouvrage à Mlle Arnould, elle lui dit: «Je trouve que l'auteur a un peu pillé; mais au surplus c'est digne d'un Voltaire (vole terre).»
Mlle Rey avait entrepris de dégourdir un grand jeune homme qui était clerc de notaire. Un jour cet aimable précepteur se plaignit à Sophie de la bêtise de son élève: «Tu ne savais donc pas, lui répondit-elle, que les plus grands clercs ne sont pas les plus fins.»