L'abbé Terray fut nommé contrôleur général des finances en 1769. Peu de ministres se sont trouvés dans une position plus difficile et plus orageuse, et ceux dont il avait blessé les intérêts particuliers pour sauver la fortune publique s'en vengèrent par mille quolibets. Ce ministre ayant paru, à l'entrée de l'hiver, avec un superbe manchon, Mlle Arnould dit: «Qu'a-t-il besoin d'un manchon? il a toujours les mains dans nos poches.»


Mlle R...., née en 1756, débuta à la Comédie-Française en 1772, avec le plus grand éclat. Ses talens excitèrent la jalousie de ses camarades, et Mlle Vestris, maîtresse du maréchal duc de Duras, forma contre elle une cabale affreuse. Un jour qu'elle jouait l'Emilie de Cinna, un chat qui se trouvait dans la salle se mit à miauler. «Je parie, dit Sophie, que c'est le chat de la Vestris[42]

On sait que M. Masson de Pezai prenait le titre de marquis afin d'augmenter ses qualités. Un jour que ce poëte signait devant Sophie, en y joignant sa nouvelle seigneurie, elle lui dit: «Prenez garde à ce que vous faites, le sobriquet de marquis pourrait bien vous rester


Le prince d'Hénin, capitaine des gardes du comte d'Artois, n'était pas fort considéré. Champcenetz l'appelait le Nain des princes. Ce seigneur étant devenu amoureux de Mlle Arnould, employa tous ses moyens pour lui plaire. Un jour qu'il s'efforçait vainement d'obtenir un tendre aveu, Sophie excédée rompit enfin le silence, et lui dit: «Vous ne savez donc pas qu'il est souvent aussi difficile de faire parler une femme que de la faire taire.»

Mlle Cléophile sortit de chez Audinot pour entrer danseuse à l'Opéra; elle appartenait en 1773 au comte d'Aranda, qui lui donnait trois cents louis de fixe par mois; ce qui la mit dans le cas de représenter convenablement. Cette nymphe, qui avait le regard un peu rude, ayant fait faire son portrait, conduisit Mlle Arnould chez son peintre. L'artiste dit à celle-ci:—Croiriez-vous, mademoiselle, que je suis amoureux de mon modèle?—«En ce cas, répondit Sophie, faites-lui donc les yeux DOUX


Le président de..., auteur d'assez mauvais ouvrages, après avoir vécu dans la dissipation, se retira du monde pour cultiver dévotement les lettres. Quelqu'un disait, en parlant de lui:—Voilà donc le président devenu ermite; il a enfin renoncé à Satan et à ses pompes.—Mlle Arnould répartit: «Il devrait bien aussi renoncer à ses œuvres.»