Elle passa pour avoir été en mariage réglé, pendant huit jours, avec M. Bertin, que les nymphes de l'Opéra appelaient Bertinus. Un jour deux hommes se trouvant sur le théâtre de l'Opéra derrière Sophie, sans le savoir, plaignaient beaucoup M. Bertin des infidélités et des mauvais procédés qu'il avait essuyés de la part de ces demoiselles, ajoutant qu'il ne le méritait pas, qu'il était généreux, aimable, facile, etc., etc. Sophie se retourne et dit: «On voit bien que ces messieurs ne l'ont pas eu.»
Mlle Levasseur, en entrant à l'Opéra, changea de nom comme toutes ses compagnes, et prit celui de Rosalie; mais la comédie intitulée les Courtisanes la dégoûta de son choix. L'une des héroïnes de cette pièce s'appelle Rosalie, et Rosalie actrice ne voulant pas être confondue avec Rosalie courtisane, reprit son premier nom. Sophie disait de Mlle Levasseur qui était passablement laide: «Cette Rosalie, au lieu de changer de nom, aurait bien dû changer de visage.»
La duchesse de Chaulnes ayant épousé un maître des requêtes nommé de Giac, perdit par cette mésalliance le tabouret qu'elle avait à la cour; elle disait à ceux qui s'étonnaient qu'elle eût sacrifié son rang à de folles amours:—J'aime mieux être couchée qu'assise.—Cette dame était connue pour être fort galante. Un jour elle rencontra Mlle Arnould et lui demanda comment allait le métier. «Assez mal, répondit-elle, depuis que les duchesses s'en mêlent.»
Le goût des noms supposés a produit parfois les scènes les plus plaisantes, et il n'était pas rare de voir se présenter à la porte de l'Opéra une pauvre journalière couverte de haillons, pour réclamer sa fille ou sa nièce que le jour précédent elle avait vue dans un brillant équipage. Mlle Dorival éprouva cette humiliation. Un soir qu'elle avait dansé dans Ernelinde, la mère ayant pénétré jusqu'au foyer, se jeta dans les bras de sa fille qui la reçut avec dignité en l'appelant madame. A ce titre la tendresse maternelle se changea en fureur, et cette comédie eût fini par un drame, si le marquis de Chabrillant, amant de la danseuse, n'eût pas entraîné la mère dans un cabinet où on lui fit boire force rasades pour appaiser son ressentiment. Mlle Arnould, présente à cette scène bachique, et voyant cette bonne mère vider tous les flacons que l'on apportait, dit au marquis: «En vérité, c'est une MÈRE A BOIRE que cette femme-là.»
Le Barbier de Séville est le mieux conçu et le mieux fait des ouvrages dramatiques de Beaumarchais; les caractères en sont bien marqués et assez soutenus pour le genre de l'imbroglio. Cependant le public accueillit froidement cette comédie: elle fut d'abord jouée en cinq actes (le 23 février 1775), mais l'auteur en supprima un, et l'intrigue y gagna. Quelqu'un ayant dit à Sophie que Beaumarchais allait mettre sa pièce en quatre actes: «Il ferait bien mieux, reprit-elle, de mettre ses actes en PIÈCES.»