Le baron de Grimm n'était pas riche en agrémens extérieurs, mais sa mise était toujours fort recherchée, et pour corriger les défauts de son visage, il y mettait du rouge et du blanc. Mlle Fel de l'Opéra, à laquelle il faisait une cour assidue, parlait un jour de la laideur de son soupirant. «De quoi te plains-tu, lui dit Sophie, n'est-il pas fait à peindre?»

Elle rencontra sur l'escalier du théâtre une très-agréable chanteuse des chœurs qui tenait par la main une petite fille.—Mon Dieu, le joli enfant! à qui est-il?—A moi, mademoiselle.—A vous? mais il me semble que vous n'êtes pas mariée.—Non, mademoiselle, mais je suis de l'Opéra.


On lui racontait l'histoire singulière d'un curé de la Guienne, qui, pour avoir gardé une continence trop parfaite, éprouva une longue maladie à laquelle il eût succombé sans une demoiselle qui voulut bien être son médecin. «Tel est l'empire de notre sexe, dit Sophie; la femme est comme la grâce à laquelle on peut résister, mais à laquelle on ne résiste jamais


Le lundi gras 1775, Mme Dugas, femme d'un gentilhomme lyonnais, suivit pendant quelque temps, au bal de l'Opéra, un masque habillé en vieille femme, qu'un jeune cavalier accompagnait. Croyant reconnaître la reine à laquelle le comte d'Artois donnait le bras, Mme Dugas se précipita à ses genoux et lui demanda la permission de lui baiser la main.—Vous ne me connaissez pas, Madame, répondit le masque.—Mettez la main sur mon cœur, s'écria Mme Dugas, et sentez à ses battemens s'il méconnaît des maîtres pour lesquels il est passionné.—En même temps elle prit la main du masque, la porta à son cœur et la baisa. Le masque embarrassé s'esquiva dans la foule, et Mme Dugas se releva au milieu d'un concours nombreux attiré par la nouveauté du spectacle, et l'accompagnant de mille battemens de mains. Le masque que Mme Dugas avait pris pour la reine était Sophie Arnould, qui s'en est fort amusée avec ses amis.


Mlle Dubois, de la Comédie-Française, laissa en mourant plus de 25,000 l. de rentes. C'était, en son temps, une des courtisanes les plus citées pour leur cupidité et l'art d'escroquer les dupes; du reste elle avait toujours été médiocre au théâtre, et n'avait pas su tirer parti des heureux moyens que la nature lui avait donnés. Un jour elle se plaignait d'approcher de trente ans, quoiqu'elle en eût davantage. «Console-toi, lui dit Sophie, tu t'en éloignes tous les jours


Dans le cours de ses folies amoureuses, Mlle Laguerre n'eut qu'une seule fille, qui mourut en bas âge[55]. Lorsque Sophie apprit que sa camarade était enceinte, elle s'écria: «Ah! tant mieux, nous verrons les fruits de LA GUERRE.»