Un acteur de l'Opéra s'était marié à une jolie personne de province; ses camarades étant allés visiter sa nouvelle compagne, Mlle Arnould s'amusa surtout à lutiner la mariée, qui lui dit naïvement:—Je vous assure que c'est un fort bon acteur.—Vous confirmez sa réputation, répartit Sophie; il a toujours passé pour bien entrer dans son personnage.

Mlle C.[57] des Italiens était une femme superbe, mais prodigieusement grosse et grande; elle eut beaucoup d'amans, entr'autres le duc de Fronsac. Satisfaite de sa fortune, elle quitta la scène au moment même où les plaisirs et la gloire l'environnaient. Un jeune homme vivement épris de cette courtisane ne se lassait pas d'en vanter les talens et les grâces. Sophie ennuyée de cette apologie, s'écria: «Tout le monde connaît son grand mérite, Monsieur; mais on s'est si souvent étendu sur ce sujet-là qu'il devrait être épuisé.»


Elle assistait à une partie de pêche où il se trouva un de ces bavards ennuyeux qui se croient propres à tout, et qui ressemblent en tout à la mouche du coche. Cet homme s'approcha de Mlle Arnould, et lui demanda avec sa loquacité ordinaire, la permission de pêcher avec elle. «Eh quoi! Monsieur, répartit Sophie, vous voulez PÊCHER et vous n'avez pas le FILET


Marmontel travailla pour les trois principaux théâtres; il aimait beaucoup les femmes et était fort entreprenant auprès d'elles; Mlle Arnould faisant allusion à ses travaux dramatiques et galans, disait: «Je ne voudrais pas combattre avec cet homme-là, il est armé de toutes PIÈCES.»


On donna en 1776 un ballet intitulé les Romans. Cet ouvrage rappelant les anciens tournois fut exécuté avec beaucoup de pompe et d'appareil. On y remarqua Mlle Duplant déguisée en homme sous les traits de Ferragus, prince de Castille, et elle remplit à merveille ce rôle fier et vigoureux. Cette actrice dit en rentrant au foyer:—En vérité, la moitié du parterre m'a prise pour un homme.—Qu'est-ce que cela fait, reprit Sophie, si l'autre moitié sait le contraire?