Et les mêmes qui sévissaient un moment avant avec le plus de fureur contre la pauvre Ellénore, s'érigeaient ses protecteurs, et juraient de mourir pour la défendre. Pendant ce temps, elle cherchait à rassembler ses forces pour remercier M. de Talleyrand.
Il répondit aux remercîments d'Ellénore par un de ces mots gracieux que lui seul savait dire, puis il lui exprima tous ses regrets de ne pouvoir rester plus longtemps près d'elle, étant contraint de repartir sur-le-champ pour aller rendre compte de sa mission au ministre des relations extérieures.
—Je suis d'autant plus fâché de vous quitter si vite, que vous m'auriez expliqué beaucoup de choses que je ne comprends pas, et qui redoublent encore l'intérêt qu'on vous porte, ajouta-t-il en serrant doucement la main d'Ellénore.
Puis il la salua respectueusement, aux acclamations du troupeau patriotique à qui les gens de M. de Talleyrand venaient de proposer de boire à sa santé au cabaret voisin, et qui criaient de toute la force de leurs poumons:
—Vive l'envoyé de France! vive la brave citoyenne! vive l'avocat du peuple! vive le ministre français! vive le ci-devant calotin!
XXVIII
Au milieu des hommages bruyants de cette troupe de soi-disant patriotes, Ellénore avait trouvé moyen de prier Maurice de venir lui parler avant de retourner près de son maître.
—Je n'en aurai pas le temps, avait-il répondu avec embarras.
Mais Ellénore ayant insisté en disant:
—Je vous attends avec dix guinées!