—Mais de la vôtre, madame, répondit Frédérik, en affectant d'appuyer sur le dernier mot.

—Dites donc de la mienne, dit le marquis, car n'est-ce pas demain l'anniversaire de sa naissance?

—Quoi, dit Ellénore avec embarras, vous voudriez fêter ce malheureux jour, j'en serais bien fâchée!

—Je ne veux rien, reprit M. de Croixville; mais madame Gerbourg a su, je ne sais comment, que vous étiez née le 15 de ce mois, elle l'a dit à plusieurs personnes, cela s'est répandu dans le village, et tous ceux qui vous doivent de la reconnaissance m'ont demandé la permission de vous offrir un bouquet, et de danser ensuite dans le parc; ne leur refusez pas ce plaisir, ajouta-t-il en baisant la main d'Ellénore.

—Diable, n'allez pas les contrarier, dit M. de Ségur, ils seraient capable d'en prendre de l'humeur et de mettre le feu au château; depuis le triomphe des idées républicaines, j'ai un grand respect pour les plaisirs populaires.

—S'il y a peine de mort pour empêcher de faire cette fête, il faudra bien la subir, dit Ellénore en souriant.

—Oui, croyez-moi, reprit le vicomte, résignez-vous de bonne grâce à nos hommages; moi, je vais caresser ma muse pour en obtenir quelques couplets dignes de vous. Toi qui peins comme un Raphaël, ajouta-t-il en s'adressant à Frédérik, tu devrais bien nous faire un transparent; ce serait se montrer favorablement aux habitants du Val-Fleury; les Normands aiment les beaux-arts.

—Sans doute, peindre Vénus et Mars couronnés par l'Amour sous un pommier du pays, ce serait une touchante allégorie, reprit M. de Rosmond avec ironie; c'est dommage que je n'aie aucune disposition pour ce genre épique.

—Encore! dit Ellénore d'un ton de reproche, mais assez bas pour n'être entendue que de Frédérik.

—Oui, toujours, reprit-il avec une sorte de rage, tant que je ne pourrai pas me faire entendre autrement; mais accordez-moi un moment d'entretien, un seul, et vous verrez que ce Frédérik que vous trouvez détestable, insultant, est votre meilleur ami.