—Oui, d'une amitié calme, raisonnable; mais il surviendra quelqu'un que vous aimerez autrement… et je voudrais… que…
—C'est possible, mais je vous affirme bien que ce ne sera jamais un prince du sang, dit Ellénore avec fierté.
—Bah! qui sait? les croyez-vous donc incapables d'aimer?
—Non, mais j'ai trop d'orgueil pour me contenter d'un amour protecteur.
Celui qu'il faut appeler Monseigneur ne sera jamais mon maître.
—Sans doute, mais votre esclave?
—S'il pouvait l'être, je le mépriserais. Je hais tout ce qui rampe.
—Même aux pieds d'une jolie femme?
—C'est surtout cette galanterie de serf, dont on se vante en France, que je vois dans vos livres, dans vos comédies, qui me paraît aussi dégradante pour les hommes que peu flatteuse pour les femmes. Encore, si c'était le garant d'un dévouement à toute épreuve! mais on entend raconter chaque jour des traits indignes d'égoïsme, d'insensibilité et de perfidie de la part de ces îlotes amoureux.
—Je comprends, dit le prince en fixant son regard sur le marquis de Rosmond. Vous préférez un de ces esprits indépendants qui ne feraient pas le sacrifice d'un caprice, d'un travers, à la femme qu'ils aiment; qui sont entêtés dans leurs volontés, amers dans la discussion, injurieux en amour, et féroces dans leur jalousie. Prenez-y garde, au moins: dire qu'il faut être ainsi pour vous plaire, c'est un aveu.
A ce mot, la rougeur qui couvrait le front d'Ellénore, fit sourire le prince et frémir M. de Rosmond. C'était la première émotion qui se peignait sur le visage d'Ellénore depuis que durait cet entretien. Ne pouvant entendre ce qu'ils se disaient, Frédérik présuma qu'un mot tendre du prince venait de jeter le trouble dans le coeur d'Ellénore, et il lui adressa la parole sans avoir rien de particulier à lui dire, uniquement pour interrompre la conversation qui le mettait au supplice.