—Taisez-vous! dit Ellénore, à qui l'indignation avait rendu toute sa force. Écrivez-là le reçu de ce qui vous est dû, j'aurai j'espère, de quoi l'acquitter; partez ensuite, et que je ne vous revoie jamais.
—Comme il vous plaira, répondit mademoiselle Augustine, intimidée par le ton noble d'Ellénore: aussi bien vous ne me devez rien que les frais de mon retour à Paris; l'intendant de M. le marquis m'ayant soldée la veille de notre départ du Val-Fleury; car, Dieu sait si tout ce qui vous approchait n'était pas traité avec des égards!… des soins!… Allez, mademoiselle, ce n'est pas pour vous fâcher, mais je vous le prédis, vous regretterez plus d'une fois le château du Val-Fleury, et son maître, et tous ses domestiques, qui vous servaient comme si vous aviez été une princesse.
—Votre compte? demanda vivement Ellénore.
Et mademoiselle Augustine, apercevant sur une table du papier et des plumes, se mit à écrire un reçu de cent cinquante francs. Ellénore la paya sans dire mot, bien que cette somme fît un grand vide dans sa pauvre bourse.
—Ce n'est pas tout, dit mademoiselle Augustine, il faut aussi vous rendre compte de vos effets, de ceux que vous avez laissés au château comme de ceux qui sont ici.
—C'est inutile.
—Non pas vraiment; si cela est inutile pour vous, cela ne l'est pas pour moi. Je ne veux pas qu'on me croie capable de rien détourner. C'est bien assez, ma foi, d'avoir trempé dans une équipée comme celle-ci. Vous croyez peut-être que c'est une bonne recommandation de s'être enfuie comme ça au milieu de la nuit avec une jeune fille, et dans la voiture d'un beau marquis encore…
—Sortez! sortez, vous dis-je! s'écriait Ellénore avec emportement.
—Je ne sortirai qu'avec un bon certificat comme quoi vous attesterez que je vous ai servie depuis dix-huit mois avec fidélité, zèle et intelligence, ainsi qu'il y a sur celui de la dernière maîtresse que j'ai servie.
—Je ne saurais attester que votre impertinence; vous êtes payée, vous n'avez pas le droit d'en exiger davantage; laissez-moi, ou je ne réponds pas de ce que la colère…