—Je ne savais pas, dit-il en entrant chez Ellénore d'un ton qui voulait paraître insouciant, que le comte Charles de Norbelle eût l'honneur d'être de vos amis.
—Je l'ai vu quelquefois chez la duchesse de Montévreux, répondit
Ellénore.
—Ah! rassemblez mieux vos souvenirs, reprit Frédérik avec ironie. Vous l'avez vu ailleurs aussi, du moins il s'en vante.
—Je l'ai revu à Douvres, il est vrai; il se trouvait à la porte de l'hôtel de Londres, au moment où j'allais le quitter et monter en voiture.
—Et cette rencontre vous a si peu frappée, que vous n'avez pas cru devoir m'en parler?
—C'est parce qu'elle m'a été désagréable, monsieur, et qu'elle pouvait vous inquiéter pour notre secret que je me suis décidée à ne vous en rien dire.
—Vous auriez dû exiger de lui la même discrétion.
—Je croyais n'avoir rien à redouter de son bavardage, ayant refusé de le recevoir chez ma soeur à Londres, où, poussée par ses questions, je lui dis que j'allais loger.
—Ah! vraiment, un homme de coeur ne se décourage pas pour si peu de chose. Un refus de ce genre, fait avec toute la grâce dont une jolie femme ne se départ jamais est juste ce qu'il faut pour redoubler le zèle d'un adorateur. Aussi votre refus a-t-il produit tout l'effet que vous en deviez attendre.
—Ah! Frédérik… est-ce bien vous qui me parlez ainsi!… vous!… me soupçonner!…