—Et, vous aussi, loin de blâmer, d'adoucir sa violence, vous l'approuvez, c'est fort mal, mais qu'en pense Ellénore? s'en plaint-elle quelquefois?
—Jamais.
—Ne la croyez-vous pas un peu lasse de la vie qu'elle mène et de cette tyrannie jalouse que l'on a peine à comprendre, car s'il en faut croire certain bruit, M. de Rosmond serait trop infidèle pour avoir le droit d'être jaloux?
—Hélas! l'un n'empêche pas l'autre, dit en soupirant miss Harriette, c'est un tort qui n'appartient qu'à notre sexe; mais j'espère que mon Charles ne me donnera jamais l'occasion de lui pardonner un tel forfait, ajouta-t-elle en minaudant.
—Quels sont les jours, les heures où votre cousin se rend habituellement à Londres?
—Vous êtes certain de le trouver ici, presque tous matins vers midi; mais, plus tard, il monte à cheval et va souvent dîner en ville. Le plus sûr serait de lui écrire un mot pour lui demander un rendez-vous. Voulez-vous que je le prévienne?
—Non vraiment, gardez-vous-en bien, dit le comte avec effroi; ce serait nous perdre.
—Par quelle raison? Ce que vous avez à lui demander ne peut que lui faire honneur.
—Sans doute, mais des raisons… que je ne puis encore vous confier m'obligent à différer. Il faut avant tout que vous me teniez au courant des démarches de votre cousin, que vous m'instruisiez de son retour, des projets qu'il médite; il faut que je puisse vous voir avec plus de sécurité, ajouta avec vivacité le comte, car cet homme qui s'obstinait tout à l'heure à me suivre m'inspire des soupçons, et je ne veux pas que mon bonheur vous coûte le moindre désagrément… Nous ne sommes pas en sûreté dans ce jardin, dont la clôture est trop basse pour nous soustraire aux regards des passants; ne vous serait-il pas possible de me recevoir plus secrètement?
Et le comte adressait cette prière du ton le plus tendre.