—Quoi… vous exigeriez?… reprit-elle en balbutiant.

—Je n'exige pas, je supplie; mais dans la maison, à cette heure où tout dort, je serais moins exposé à une surprise.

—Songez donc ce qu'on penserait si…

—Qu'importe, au point où nous en sommes!…

—Cruel, comme vous abusez de votre empire!… Dois-je en croire vos serments, puis-je me fier à vous?

—Comme à votre ange gardien…

—Mais, faut-il l'avouer? c'est moi que je redoute; oui, Charles, c'est ce coeur trop faible… pour résister aux élans de votre passion, ce coeur dont les battements vous révèlent mon délire…

En parlant ainsi, miss Harriette pressait la main du comte sur son sein, tandis qu'il la soulevait de l'autre main pour l'entraîner dans la maison. La tête languissamment appuyée sur l'épaule de son Charles, elle se laissait doucement entraîner vers les marches du perron.

Tout à coup, le bruit d'une fenêtre qu'on ouvre et celui d'une sonnette se firent entendre, alors M. de Norbelle se débarrasse à la hâte du charmant fardeau qu'il soutenait, il s'enfuit précipitamment du jardin, court rejoindre son cheval dans la prairie, et s'éloigne au plus vite en ne pouvant s'empêcher de rire de la manière un peu brusque dont il a déposé sur le sable sa divine conquête.

Un moment avant, mademoiselle Rosalie était venue réveiller sa maîtresse pour lui dire qu'un homme avait été aperçu par Tom dans le jardin, et qu'il était allé appeler ses camarades pour être en force contre le voleur. Ellénore, effrayée, avait passé un peignoir, et, croyant entendre parler sous sa fenêtre, elle s'était décidée à l'ouvrir; mais pendant qu'elle poussait les volets, les causeurs s'étaient évadés. Chacun des domestiques, armé de fusils, de bâtons, de flambeaux, de lanternes, cherchait à découvrir le bandit qui n'avait pas eu le temps de refermer la petite porte du jardin. Toute la maison était en émoi, et la pauvre Ellénore pressentant quelque nouveau chagrin par suite de cet esclandre nocturne, faisait de sincères voeux pour qu'on trouvât le coupable.