—Belle demande, dit en ricanant un citoyen coiffé d'un bonnet à poil, elle y va faire les commissions de ses bons amis Pitt et Cobourg.
—Ah! c'est là pourquoi t'as passé la Manche, ma grosse mère, interrompit le plaisant de la troupe. Fallait pas te déranger pour ça. Il y a bien assez à Paris de ces coquins d'insulaires qui font de la contrebande à nos dépens, qui soudoient nos ennemis. Il n'y a pas besoin que les femelles s'en mêlent. Ah! tu viens ici tout doucettement conspirer contre la République? Qu'on l'arrête!…
—Avant de rien précipiter, reprit l'agent municipal, sachons ce qui en est; procédons légalement. Donne-nous tes papiers, citoyenne!
—Mes papiers, répéta lady Caroline d'une voix tremblante, mais je n'avais… que mon… passe-port… et je l'ai confié à l'aubergiste pour le faire… viser…; on ne l'a pas encore rendu…
—Le voilà, s'écria le maître d'hôtel en accourant tout essoufflé; le voilà! Je viens de le chercher à la mairie, il est en règle, et l'on ne saurait vous inquiéter, milady.
—Ah! tu crois ça, toi, dit l'orateur; tu crois que les passe-ports disent tous les projets, les intrigues des voyageurs, n'est-ce pas; tu crois qu'on va trouver là, écrit au bas de la pancarte. «Une telle, aristocrate émigrée, se rendant à Paris pour renverser la constitution, ramener la tyrannie et livrer la France aux Autrichiens;» Ah! tu es bon enfant! toi…
—Ce passe-port est barbouillé d'anglais à n'y rien comprendre, dit le municipal, en cherchant à deviner les mots qu'il ne pouvait traduire: «Femme de haut et puissant seigneur le marquis de Rosmond.» Qu'est-ce que cela veut dire? ton mari n'est donc pas un mylord, demanda le municipal en se retournant du côté de lady Caroline?
—Si, monsieur, il est pair de France et pair d'Angleterre.
—Ah! la bonne farce, dit l'agent en riant aux éclats, c'est un lord moitié fil, moitié coton. On n'en voit pas souvent comme ça.
—C'est vrai, reprit lady Caroline, pâle de frayeur; mais la famille de lord Rosmond est d'origine française, lui-même est né à Paris…