—Mes délations!… s'écria Ellénore indignée; mes délations!… confondre les réclamations d'une épouse, d'une mère, avec les viles dénonciations de ces monstres d'ingratitude et d'envie, qui traînent sur l'échafaud ceux qu'ils n'oseraient combattre!… Ah! cette insulte les dépasse toutes, et je ne saurais souffrir plus longtemps d'être traitée ainsi.

En ce moment, plusieurs voix se firent entendre; des jurements, des menaces, le bruit de plusieurs crosses de fusils retombant avec violence sur les carreaux de marbre de l'antichambre, annoncèrent la présence de la force armée.

XXVI

—Ce n'est pas vrai, s'écria l'aubergiste; je vous en réponds, citoyen municipal, elle n'est pas suspecte, j'ai vu son passe-port avant de l'envoyer à la mairie: c'est une excellente patriote anglaise.

—Ah! il est bon là, avec sa patriote anglaise, dit en riant l'agent municipal. Allons, ouvre cette porte, ou ces gaillards-là t'en éviteront la peine, ajouta-t-il en montrant le piquet de garde nationale qui l'assistait.

L'aubergiste ouvrit, et le salon se remplit aussitôt de la foule des brailleurs en carmagnole qui suivaient d'ordinaire les autorités républicaines dans leurs expéditions révolutionnaires. A cet aspect effrayant, lady Caroline resta interdite.

Ellénore qui s'apprêtait à sortir du salon, rentra d'un air calme, décidée à partager les dangers qui menaçaient sa rivale, plutôt que de lui laisser soupçonner un instant qu'elle s'en réjouissait.

—Que vas-tu faire à Paris, citoyenne d'Albion? car dès cette époque le peuple et ses agens tutoyaient tout le monde, usage que la Convention érigea en loi peu de temps après.

—Que vas-tu faire? demanda l'agent qui portait la parole avec une importance comique.

—Oui, répéta un choeur de voix rauques, que vas-tu faire à Paris?