—Non, vous voulez en vain m'adoucir la pénitence; M. le curé l'a exigé. C'est à ce prix seulement qu'il m'accordera son absolution, et vous disposez en ce moment de mon repos dans ce monde et dans l'autre.
Ellénore, déjà vivement émue par la présence inattendue et la démarche de la duchesse de Montévreux en cherchait l'explication dans son discours pieux, et s'étonnait d'une conversion si prompte. Le curé la voyant hésiter à répondre, crut qu'elle se refusait à la prière de la duchesse, et sortit du confessionnal pour venir affirmer le sincère repentir de madame de Montévreux.
—Je suis garant de ses regrets, de sa piété, ajouta-t-il. Mais, à votre tour, madame, ne soyez pas sans miséricorde. Imitez Dieu dans sa clémence, pour qu'il vous pardonne aussi. Nous sommes tous pécheurs!
—Ah! madame la duchesse, avez-vous pu douter de mon bonheur à retrouver votre bienveillance, à quelque prix que ce fût? dit Ellénore en tendant la main à madame de Montévreux.
—Que le Seigneur vous récompense pour le poids dont vous allégez ma conscience, pour l'extinction de ce remords qui me fermait les portes du ciel; car depuis que la lumière céleste est descendue en moi, depuis que, punie par les vanités du monde de tous les péchés qu'elles m'avaient fait commettre, je m'étais consacrée à remplir exactement tous les devoirs de ma religion, vous étiez le seul obstacle à mon salut. Grâce à vous, je mourrai tranquille.
En parlant ainsi, la duchesse portait la main d'Ellénore à ses lèvres, et celle-ci s'efforçait de retirer sa main.
—Non, disait la duchesse en la retenant, il faut m'humilier, la religion l'ordonne.
—Ah! mon Dieu, seriez-vous malade! s'écria Ellénore, sans penser à ce que cette exclamation pouvait dire.
—Non, reprit la duchesse, frappée de l'effroi qu'inspirait sa conversion, vous croyez qu'un tel repentir ne peut venir qu'avec la mort? Détrompez-vous. J'espère vous prouver longtemps encore que le bonheur de prier Dieu est le premier de tous, et le rétablissement de l'église le premier de nos devoirs. Dieu ne nous a laissé survivre à tant d'horreurs, d'impiétés, que pour aider à relever ses autels, que pour seconder les serviteurs de son culte. Le mérite de le rendre à son ancienne splendeur peut seul nous absoudre du crime de l'avoir laissé profaner. Unissez-vous à nous pour accomplir cette oeuvre divine, revenez à Dieu, Ellénore, renoncez aux vaines joies de ce monde, que vous avez déjà payées par tant de malheurs, et qui vous conduiront peut-être au remords, à la dégradation; abjurez tous les amours qui font souffrir pour le seul qui remplisse l'âme d'une éternelle béatitude. Croyez en ma ferveur, soyez toute à Dieu.
—Oui, je vous le jure, je m'y consacrerai tout entière dès que j'en serai digne, dit Ellénore d'un ton solennel; mais quand il en sera temps, la divinité, qui lit dans mon coeur, le guidera vers elle. Adieu, priez pour moi.