Dès les premiers mots, prononcés d'un ton menaçant par le commissaire, Rosalie était sortie de la chambre en lançant un regard à sa maîtresse qui semblait dire: Faites-le causer le plus longtemps possible.
—En vérité, citoyen, vous m'avez causé une telle surprise… et je dormais si profondément quand vous êtes entré dans ma chambre, que j'ai à peine entendu ce que vous m'avez dit… on m'accuse… et de quoi! s'il vous plaît…
—De cacher ici le traître Drouet.
—Qui cela? le Drouet de Varennes?
—Oui. Celui qui, après nous avoir débarrassé du tyran a envie de le remplacer par son camarade Gracchus-Babeuf; mais le Directoire est là pour l'en empêcher.
—Moi… protéger ce monstre de Drouet, s'écria Ellénore; moi le soustraire au châtiment qui lui est dû! Ah! je vous jure bien sur tout ce qu'il y a de sacré sur la terre, que s'il était en mon pouvoir de vous le livrer… je n'hésiterais pas.
Ce serment fait avec tant de chaleur et de bonne foi, ébranla un instant la sévérité du commissaire.
—Si c'est ainsi reprit-il, tu ne dois pas craindre nos perquisitions. Fais-nous conduire par ta bonne dans tous les coins et recoins de ton appartement; car il faut que je fasse un rapport détaillé qui constate que je n'ai trouvé chez toi ni conspirateur, ni chouan.
Ellénore sonna Rosalie.
—C'est que ce Drouet est bien le plus rusé coquin… On ne sait comment il a pu réussir à s'échapper de la Conciergerie, et je ne me laisserai pas dindonner par lui comme ce bêta de geôlier qui…