En détaillant ainsi la grande parure de cette époque de transition entre la misère et la magnificence, nous voulons prouver à quel point la vanité était déconcertée par la simplicité à la mode.

Il doit être bien difficile de faire comprendre aujourd'hui, où l'argent est le mobile de tout, le dieu des ambitieux, la gloire des hommes d'État, la passion des amants, le but des artistes, la muse des auteurs, qu'il a existé en France un moment, très-court à la vérité, où ce roi de l'univers s'est vu détrôné par le mérite, la bravoure et la résignation: un moment où nos soldats ni payés, ni vêtus, ni nourris, marchaient gaiement à l'ennemi et gagnaient des batailles; un moment, où le jeune général choisi par la Victoire pour les conduire dans tant de capitales de l'Europe, disait à ceux que la faim, la misère abattaient:

«Soldats, vos besoins sont grands; mais la première qualité du soldat est la constance à supporter la fatigue et la privation; la valeur n'est que la seconde.»

Et tous, éblouis par ces nobles paroles, ressaisirent leurs armes, en s'écriant:

—La victoire nous donnera du pain!

Un moment où les banquiers de Paris, seuls financiers à qui leurs gains légitimes permettaient de venir au secours de nos armées, prêtaient, sur sa simple garantie, à un général sans fortune, douze millions en numéraire, et cela pour empêcher ses braves, qu'il appelait ses enfants, de succomber à la misère;

Un moment où une jeune personne, jolie, bien élevée, trouvait à se marier sans dot et sans trousseau;

Où le manuscrit d'un auteur distingué, se donnait pour le prix des frais d'impression.

Mais chaque siècle a sa passion dominante: si l'avarice tue l'amour, là où elle ne règne pas, il a tout son empire.

Chaque jour alors amenait de ces mariages, où la fortune épousait l'esprit, le pouvoir la beauté; de ces divorces, qui faisaient préférer la misère à l'antipathie et à la trahison. Le coeur, une fois livré à tous les délices, les tourmente d'une passion naissante, avait bien de la peine à la surmonter. Nul intérêt de vanité ne venait vous distraire de ce rêve continuel, où l'on ne voit jamais que la même image, où l'on n'entend que la même voix. On aimait pour le bonheur d'aimer, sans calcul, sans d'autre but que celui de plaire, et comme tous les sentiments généreux, l'amour de ce temps allait souvent jusqu'à la folie. Ellénore en voyait de si nombreux exemples, qu'elle était terrifiée. Mais que peuvent les craintes, les avis de la raison en faveur du repos, contre les agitations, le délire d'un malheur séduisant!