Ellénore, mue par la reconnaissance, n'hésite pas à se consacrer aux soins que réclame la maladie de la mère, et veut la remplacer la plus possible auprès de son fils.
Dès qu'elle a confié madame Talma à l'amitié de madame de Condorcet, elle se rend chez Félix, demande à le voir au nom de sa mère. Comtois répond qu'on lui a défendu de laisser entrer personne chez son jeune maître.
—Grâce à la potion qu'il a prise, il est assoupi maintenant, ajoute-t-il, et ce serait un meurtre que de le réveiller.
—N'importe, dit Ellénore, j'ai promis à madame Talma de lui rapporter la vérité sur l'état de son fils; il y va de sa vie à elle et je le verrai, fiez-vous à moi pour respecter son sommeil.
En disant ces mots, elle ouvrit doucement la porte de la chambre, et marchait à pas muets vers le lit du malade.
Tout à coup elle s'arrête et retient une exclamation en reconnaissant dans la garde qui tient le poignet de Félix et compte les battements de son pouls, une des plus belles femmes de Paris, la comtesse d'Ermoise la nièce de M. de Savernon.
—Vous le voyez, dit la comtesse d'une voix à peine articulée, il se meurt.
Et cachant sa tête dans ses mains, ses larmes l'inondent.
Il y avait dans ce peu de mots toute l'histoire des amours de la charmante Honorine avec l'aimable Félix.
Madame Mansley se trouvait inopinément initiée dans un secret dont il fallait qu'elle fût délateur ou complice.