Il accable de questions le jeune officier, qui ne l'entend pas; car la douleur d'une blessure rouverte et la perte de sang qui en résulte, l'ont fait évanouir. Enfin, le commissionnaire arrive suivi de M. du P… et d'une garde-malade, qui vient offrir ses soins; le portefaix la recommande avec un zèle tout particulier.

A son air modeste, preuve de douceur, à ses cheveux gris, preuve d'expérience, Comtois pense qu'elle lui sera fort utile dans les soins qu'exige l'état de son jeune maître, et il lui promet de l'installer la nuit même, auprès du lit du mourant.

Les secours de M. du P… l'ont bientôt ranimé, et Félix raconte comment ayant eu la poitrine ouverte par un coup de sabre autrichien, au même moment où la balle d'un Bavarois lui labourait le bras gauche, à l'affaire de Mantoue, on l'avait transporté à l'ambulance; là ayant été traité par des moyens expéditifs, il s'était cru assez rétabli pour avoir la force de venir achever sa guérison dans sa famille, mais les cahots des fourgons et de la diligence ayant rouvert ses plaies, il était tombé sans connaissance en arrivant à Paris.

Aux vifs reproches que le docteur lui adressa sur l'imprudence d'entreprendre une si grande route dans un état si déplorable, Félix devina sans peine qu'il était en danger. Il s'excusa en disant:

—Vous avez raison, ce départ devait m'achever. Mais, que voulez-vous? je préférais mourir ici, à souffrir là-bas; j'avais si peur de ne pas pouvoir dire adieu à… mes amis.

En finissant ces mots, la bouche de Félix se remplit de sang. Le chirurgien lui recommanda le plus grand calme et un silence absolu; puis, prenant à part le vieux Comtois, ils passèrent dans un cabinet qui séparait la chambre à coucher de la salle à manger. Le docteur, après avoir écrit plusieurs ordonnances, dit en les remettant au valet de chambre d'en presser l'envoi.

—La situation est grave, ajouta-t-il, et je vous engage à en prévenir ses parents.

Au même instant un cri aigu se fit entendre; il venait de la salle à manger. Comtois, dans son trouble, n'y prit point garde.

A peine le chirurgien est-il parti qu'il va rejoindre la garde-malade, lui fait quitter la salle à manger, l'établit au chevet du lit de Félix, et court chez l'apothicaire. Pendant que celui-ci confectionne, pèse les drogues ordonnées, Comtois va chez madame Mansley, lui apprend l'état déplorable dans lequel on vient de rapporter son jeune maître, et la supplie de préparer madame Talma à recevoir cette triste nouvelle.

L'effroi qui fait balbutier Comtois passe vite dans l'âme d'Ellénore. Elle se charge du soin douloureux d'amener sa vieille amie à comprendre le malheur qui la menace; mais la pauvre mère la devine plus qu'elle ne l'écoute, et, faible de santé, sans défense contre un coup si rude, elle tombe dans une attaque de convulsions, suivie d'une fièvre chaude, qui la plonge elle-même dans un danger imminent.