En vain M. de Savernon insista pour en savoir davantage. Ellénore resta muette; elle menaça de ne plus s'intéresser à la mise en liberté de madame de Sermoise, si l'on s'obstinait à vouloir en apprendre plus qu'elle n'en pouvait dire.

A peine se donna-t-elle le temps de changer de robe, de monter en fiacre, d'arriver chez Félix, et de faire demander sa garde.

Madame de Sermoise, confuse et joyeuse, lui saute au cou en s'écriant:

—Il est sauvé! M. du P… vient de nous l'assurer; ah! pardonnez-moi de ne vous avoir point obéi; je vous ai trompée sans le vouloir… Je me croyais plus de courage; mais tant que je l'ai cru mourant…

—Que je le voie, interrompit Ellénore, qu'il m'aide à vous secourir, maintenant, sinon vous êtes perdue.

En parlant ainsi, madame Mansley entre dans la chambre de Félix, lui raconte l'effet de la disparition de madame de Sermoise dans sa famille, les moyens qu'elle a de l'expliquer sans la compromettre. Mais pour cela, il faut qu'elle se prête au service qu'on veut lui rendre; il faut qu'elle adopte le conte imaginé par son oncle, et se laisse à l'instant même ramener chez elle par Ellénore.

Félix, touché d'un zèle si généreux, commande au nom de l'amour. Sa voix, quoique bien faible, est entendue; et bientôt, protégée par Ellénore, madame de Sermoise rentre chez elle, sans avoir même à rougir près de sa femme de chambre, à qui madame Mansley fait un récit tellement probable de la prétendue arrestation de sa maîtresse, qu'elle n'a pas le moindre soupçon de la vérité.

Bientôt toute la famille de madame de Sermoise vient s'assurer de son retour, et promettra de ne pas divulguer la faute ni la punition imaginaire.

Les secrets ne devraient jamais être trahis par les personnes les plus intéressées à les garder, et pourtant c'est ce qu'on voit sans cesse.

Le jeune Félix, ravi des preuves d'amour et d'amitié que lui avait valu l'honneur d'être percé d'une balle autrichienne, faisait ajouter chaque semaine quelques jours de plus à son congé pour les employer à témoigner sa reconnaissance trop passionnément peut-être.