—Taisez-vous, par grâce! si l'on vous entendait?
—On devinerait que, pour vous menacer ainsi, il faut que j'aie perdu la tête, et l'on vous accuserait de ma démence.
—Quelle tyrannie!
—Oui, j'en conviens, c'est la plus cruelle de toutes, celle d'un esclave révolté; mais qu'un seul mot peut rendre à la plus aveugle soumission… dites-le?
—Jamais.
—Eh bien, je me contenterai d'un regard, d'un signe qui m'ordonnera de vivre… pour vous… sans me promettre d'autre bonheur que mon adoration… Laissez tomber votre éventail.
Cette prière faite d'une voix tremblante, quoique de l'air le plus insouciant, mit le comble au trouble d'Ellénore. Traiter de semblables intérêts, au milieu d'un cercle d'indifférents, à travers des discussions politiques, confier sa destinée à la chute d'un éventail, cela paraîtrait impossible, si cela n'arrivait pas tous les jours. Mais qui n'a pas dans sa vie joué son repos sur le fait le plus insignifiant en apparence?
Ellénore effrayée de ce qu'Adolphe pouvait hasarder pour la convaincre de sa passion, crut ne céder qu'à la prudence, en se prêtant à une démarche de si peu de conséquence en elle-même; elle laissa glisser son éventail sur le tapis… il y resta…
Adolphe, pris tout à coup d'un violent battement de coeur, d'un étourdissement complet, crut qu'il allait succomber à sa joie.
Ellénore se retourna involontairement, et la vue de l'extrême émotion qui dominait Adolphe, lui donna aussitôt le remords de l'avoir causée; elle ne pensa plus qu'à en atténuer l'effet; mais Adolphe qui la devinait, se leva en disant: