—Édouard de Montévreux un assassin? c'est une horreur inventée pour le perdre; il est incapable d'une lâcheté sanglante.

—Eh! madame, en temps de révolution, ces choses-là prennent des noms fort divers. Ce que vous appelez, à bon droit, une horreur, passe pour un dévouement héroïque chez les gens aveuglés par l'esprit de parti. Se battre contre sa patrie a été de tout temps un crime puni de mort; et l'histoire a flétri des noms les plus odieux ceux qui s'en sont rendus coupables. Eh bien, demandez à ces messieurs de l'armée de Condé s'ils ne croient pas faire la plus belle chose du monde en tuant le plus qu'ils peuvent des soldats de la république française? Cependant, nous ne pouvons pas en bonne conscience, encourager cette erreur. Encore s'ils se bornaient à nous faire ouvertement la guerre; mais, non contents de soulever nos plus beaux départements contre la république, ils viennent en fraude à Paris, dans de fort mauvaises intentions, et ils nous mettent dans l'obligation de les arrêter.

—Je crois pouvoir affirmer qu'en venant en secret à Paris, Édouard de Montévreux n'avait d'autre projet que de solliciter sa rentrée en France.

—Peut être aussi voulait-il voir sa mère? ajouta le ministre en fixant sur Ellénore un regard scrutateur.

—Sa mère? répéta-t-elle avec surprise.

—Oui, reprit Fouché à voix basse, la ci-devant duchesse de Montévreux: celle que vous connaissez trop bien, citoyenne, est en ce moment cachée à Paris, et vous le savez aussi bien que moi.

—Je l'ignore, je vous le jure!

—Je m'attendais à cette réponse, elle fait honneur à votre caractère: aussi n'est-ce pas dans l'espoir d'apprendre par vous où elle se cache que je vous en parle; c'est, au contraire, pour que vous lui fassiez parvenir un avis salutaire.

—Je n'en ai aucun moyen, vous dis-je, et je vous crois mal informé, car la duchesse de Montévreux a trop de prudence et d'amour d'elle-même pour s'exposer ainsi à toute la rigueur de vos lois contre les émigrés.

Puis, Ellénore, tout à la crainte de nuire par la moindre parole inconséquente à la femme qui était la cause de tous ses malheurs, se disait intérieurement: