— Oh ! oh ! dis-je. Ainsi donc à présent il ne vous manque plus que lui ? Et de quoi l’accuse-t-on ? repris-je, me rappelant avec un léger battement de cœur qu’un père capucin avait rendu visite à l’abbé Benoît avant son départ. Je trouvais singulier d’arriver ici sur les traces d’un autre moine.
— Il est accusé, répondit majestueusement M. Flandre, de haute trahison envers la nation, monsieur. Il a été vu ici et là, et ailleurs, à Montpellier, à Cette, à Albi, et même jusqu’à Auch, et toujours prêchant la guerre et la superstition, et corrompant le peuple.
— Et les dames ? dis-je en souriant. Ont-elles aussi corrompu…
— Non, monsieur le vicomte. Mais l’on croit que, voulant retourner à Nîmes, et sachant les routes surveillées, il s’est déguisé et s’est joint à elles. Ce sont probablement des dévotes.
— Pauvres créatures ! dis-je, avec un frisson de sympathie. Qu’allez-vous faire d’elles ?
— Je vais demander des instructions. Dans son cas à lui, reprit-il d’un air dégagé, je n’en aurais pas besoin. Mais voici votre souper. Excusez-moi, monsieur le vicomte, si je ne vous sers pas moi-même. En tant que maire, je dois prendre soin de ma réputation… Mais vous le comprenez.
Je lui répondis que je le comprenais ; et le souper étant servi dans ma chambre, selon la coutume des petites auberges d’alors, je lui offris de prendre un verre de vin avec moi, et au cours du repas j’appris beaucoup de choses sur l’état du pays, sur la fermentation qui se propageait le long de la côte méridionale, sur les prêtres qui excitaient le peuple par des processions et des sermons. Il s’étendit avec une éloquence particulière sur l’agitation qui régnait à Nîmes, où les masses étaient des catholiques romains fanatiques, tandis que les protestants avaient pour eux les hardis paysans de la montagne.
— Il y aura du grabuge, monsieur le vicomte, il y aura du grabuge par ici, dit-il d’un air significatif. Les choses vont trop bien pour ceux de là-bas. On les arrêtera si on peut.
— Et cet homme ?
— C’est un de leurs missionnaires.