— Je vous garantis que cela ne saurait être une incommodité pour personne de vous accompagner ! répliqua-t-il avec emphase. Mais néanmoins, si M. le vicomte y voit une objection (et il posa la main sur son cœur), je trouverai bien quelqu’un…

— Quelqu’un ? dit la marquise, d’un air espiègle.

— Moi-même ! répondit le maire.

— Oh ! s’écria-t-elle. En ce cas…

Mais je crus pouvoir alors m’avancer sans crainte.

— Non, non, dis-je. M. le maire me juge trop mal. Je puis vous affirmer, madame, que je serai charmé de vous être utile, et d’ailleurs nous suivons le même chemin. Si donc…

— Je vous en serai reconnaissante, répliqua la marquise avec grâce, en esquissant une révérence. C’est-à-dire, si M. le maire veut bien libérer ses pauvres prisonnières, lesquelles, il le sait maintenant, n’ont commis d’autre crime que de sympathiser avec la garde nationale.

— Je prendrai la chose sur moi, dit M. Flandre d’un air de haute importance. (Il était amené au degré voulu.) L’affaire est tout à fait claire, mais… (il fit une pause et toussota) afin d’éviter des complications, vous ferez mieux de partir de bonne heure. Quand vous serez parties j’aviserai à donner des explications. Et si vous ne voyez pas d’inconvénient à passer la nuit ici, conclut-il, en regardant autour de lui avec un peu de gêne, il me semble que…

— Nous nous en soucierons moins que tantôt, dit la marquise avec un soupir. Je suis rassurée depuis que je vous ai vu.

Et elle lui tendit une main encore blanche et potelée.