4o Enfin l'indication des formules musicales; ces formules sont des hiéroglyphes pour nous: cette musique nous restera à jamais inconnue, et d'ailleurs ne nous plairait pas.

Il y a un autre recueil intitulé: Histoire des Arabes qui sont morts d'amour.

Ces livres si curieux sont extrêmement peu connus; le petit nombre de savants qui pourraient les lire ont eu le cœur desséché par l'étude et par les habitudes académiques.

Pour nous reconnaître au milieu de monuments si intéressants par leur antiquité et par la beauté singulière des mœurs qu'ils font deviner, il faut demander quelques faits à l'histoire.

De tout temps, et surtout avant Mohammed, les Arabes se rendaient à la Mecque pour faire le tour de la Caaba ou maison d'Abraham. J'ai vu à Londres un modèle fort exact de la ville sainte. Ce sont sept à huit cents maisons à toits en terrasse, jetées au milieu d'un désert de sable dévoré par le soleil. A l'une des extrémités de la ville, l'on découvre un édifice immense à peu près de forme carrée; cet édifice entoure la Caaba; il se compose d'une longue suite de portiques nécessaires sous le soleil d'Arabie pour effectuer la promenade sacrée. Ce portique est bien important dans l'histoire des mœurs et de la poésie arabes: ce fut apparemment pendant des siècles le seul lieu où les hommes et les femmes se trouvassent réunis. On faisait pêle-mêle, à pas lents, et en récitant en chœur des poésies sacrées, le tour de la Caaba; c'est une promenade de trois quarts d'heure: ces tours se répétaient plusieurs fois dans la même journée; c'était là le rite sacré pour lequel hommes et femmes accouraient de toutes les parties du désert. C'est sous le portique de la Caaba que se sont polies les mœurs arabes. Il s'établit bientôt une lutte entre les pères et les amants; bientôt ce fut par des odes d'amour que l'amant dévoila sa passion à la jeune fille sévèrement surveillée par ses frères ou son père, à côté de laquelle il faisait la promenade sacrée. Les habitudes généreuses et sentimentales de ce peuple existaient déjà dans le camp; mais il me semble que la galanterie arabe est née autour de la Caaba: c'est aussi la patrie de leur littérature. D'abord elle exprima la passion avec simplicité et véhémence, telle que la sentait le poète; plus tard le poète, au lieu de songer à toucher son amie, pensa à écrire de belles choses; alors naquit l'affectation, que les Maures portèrent en Espagne et qui gâte encore aujourd'hui les livres de ce peuple[184].

[184] Il y a un fort grand nombre de manuscrits arabes à Paris. Ceux des temps postérieurs ont de l'affectation, mais jamais aucune imitation des Grecs ou des Romains; c'est ce qui les fait mépriser des savants.

Je vois une preuve touchante du respect des Arabes pour le sexe le plus faible dans la formule de leur divorce. La femme, en l'absence du mari duquel elle voulait se séparer, détendait la tente et la relevait en ayant soin d'en placer l'ouverture du côté opposé à celui qu'elle occupait auparavant. Cette simple cérémonie séparait à jamais les deux époux.

FRAGMENTS
EXTRAITS ET TRADUITS D'UN RECUEIL ARABE INTITULÉ LE DIVAN DE L'AMOUR

Compilé par Ebn-Abi-Hadglat (manuscrits de la bibliothèque du roi, nos 1461 et 1462).

Mohammed, fils de Djaâfar Elahouâzadi, raconte que, Djamil étant malade de la maladie dont il mourut, Elâbas, fils de Sohail, le visita et le trouva prêt à rendre l'âme. «O fils de Sohail! lui dit Djamil, que penses-tu d'un homme qui n'a jamais bu de vin, qui n'a jamais fait de gain illicite, qui n'a jamais donné injustement la mort à nulle créature vivante que Dieu ait défendu de tuer, et qui rend témoignage qu'il n'y a d'autre dieu que Dieu, et que Mohammed est son prophète?—Je pense, répondit Ben Sohail, que cet homme sera sauvé et obtiendra le paradis; mais quel est-il, cet homme que tu dis?—C'est moi, répliqua Djamil.—Je ne croyais pas que tu professasses l'islamisme, dit alors Ben Sohail, et d'ailleurs il y a vingt ans que tu fais l'amour à Bothaina et que tu la célèbres dans tes vers.—Me voici, répondit Djamil, au premier des jours de l'autre monde et au dernier des jours de ce monde, et je veux que la clémence de notre maître Mohammed ne s'étende pas sur moi au jour du jugement, si j'ai jamais porté la main sur Bothaina pour quelque chose de répréhensible.»