XXXIX
Fond des mœurs anglaises. Vers 1730, quand nous avions déjà Voltaire et Fontenelle, on inventa en Angleterre une machine pour séparer le grain qu'on vient de battre des petits fragments de paille; cela s'opérait au moyen d'une roue qui donnait à l'air le mouvement nécessaire pour enlever les fragments de paille; mais en ce pays biblique les paysans prétendirent qu'il était impie d'aller contre la volonté de la divine Providence, et de produire ainsi un vent factice, au lieu de demander au ciel, par une ardente prière, le vent nécessaire pour vanner le blé, et d'attendre le moment marqué par le dieu d'Israël. Comparez cela aux paysans français[225].
[225] Pour l'état actuel des mœurs anglaises, voir la Vie de M. Beattie, écrite par un ami intime. On sera édifié de l'humilité profonde de M. Beattie recevant dix guinées d'une vieille marquise pour calomnier Hume. L'aristocratie tremblante s'appuie sur des évêques à 200 000 livres de rente, et paye en argent ou en considération des écrivains, prétendus libéraux, pour dire des injures à Chénier (Edinburg-Review, 1821).
Le cant le plus dégoûtant pénètre partout. Tout ce qui n'est pas peinture de sentiments sauvages et énergiques en est étouffé; impossible d'écrire une page gaie en anglais.
XL
Nul doute que ce ne soit une folie pour un homme de s'exposer à l'amour-passion. Quelquefois cependant le remède opère avec trop d'énergie. Les jeunes Américaines des États-Unis sont tellement pénétrées et fortifiées d'idées raisonnables, que l'amour, cette fleur de la vie, y a déserté la jeunesse. On peut laisser en toute sûreté, à Boston, une jeune fille seule avec un bel étranger, et croire qu'elle ne songe qu'à la dot du futur.
XLI
En France, les hommes qui ont perdu leur femme sont tristes; les veuves, au contraire, gaies et heureuses. Il y a un proverbe parmi les femmes sur la félicité de cet état. Il n'y a donc pas d'égalité dans le contrat d'union.
XLII
Les gens heureux en amour ont l'air profondément attentif, ce qui, pour un Français, veut dire profondément triste.