En Europe, le désir est enflammé par la contrainte; en Amérique, il s'émousse par la liberté.

LXIII

Une certaine manie discutante s'est emparée de la jeunesse et l'enlève à l'amour. En examinant si Napoléon a été utile à la France, on laisse s'enfuir l'âge d'aimer. Même parmi ceux qui veulent être jeunes, l'affectation de la cravate, de l'éperon, de l'air martial, l'occupation de soi, fait oublier de regarder cette jeune fille qui passe d'un air si simple et à laquelle son peu de fortune ne permet de sortir qu'une fois tous les huit jours.

LXIV

J'ai supprimé le chapitre Prude, et quelques autres.

Je suis heureux de trouver le passage suivant dans les mémoires d'Horace Walpole:

THE TWO ELISABETHS. Let us compare the daughters of two ferocious men, and see which was sovereign of a civilised nation, which of a barbarous one. Both were Elisabeths. The daughter of Peter (of Russia) was absolute yet spared a competitor and a rival; and thought the person of an empress had sufficient allurements for as many of her subjects as she chose to honour with the communication. Elisabeth of England could neither forgive the claim of Mary Stuart nor her charms, but ungenerously imprisoned her (as George IV did Napoléon), when imploring protection, and without the sanction of either despotism or law, sacrificed many to her great and little jealousy. Yet this Elisabeth, piqued herself on chastity; and while she practised every ridiculous art of coquetry to be admired at an unseemly age, kept off lovers whom she encouraged, and neither gratified her own desires nor their ambition. Who can help preferring the honest, open-hearted barbarian empress? (Lord Oxford's Memoirs.)

LXV

L'extrême familiarité peut détruire la cristallisation. Une charmante jeune fille de seize ans devenait amoureuse d'un beau jeune homme du même âge, qui ne manquait pas chaque soir, à la tombée de la nuit[226], de passer sous ses fenêtres. La mère l'invite à passer huit jours à la campagne. Le remède était hardi, j'en conviens, mais la jeune fille avait une âme romanesque, et le beau jeune homme était un peu plat: elle le méprisa au bout de trois jours.

[226] A l'Ave Maria.