CHAPITRE III
De l'espérance.

Il suffit d'un très petit degré d'espérance pour causer la naissance de l'amour.

L'espérance peut ensuite manquer au bout de deux ou trois jours, l'amour n'en est pas moins né.

Avec un caractère décidé, téméraire, impétueux, et une imagination développée par les malheurs de la vie,

Le degré d'espérance peut être plus petit.

Elle peut cesser plus tôt, sans tuer l'amour.

Si l'amant a eu des malheurs, s'il a le caractère tendre et pensif, s'il désespère des autres femmes, s'il a une admiration vive pour celle dont il s'agit, aucun plaisir ordinaire ne pourra le distraire de la seconde cristallisation. Il aimera mieux rêver à la chance la plus incertaine de lui plaire un jour que recevoir d'une femme vulgaire tout ce qu'elle peut accorder.

Il aurait besoin qu'à cette époque, et non plus tard, notez bien, la femme qu'il aime tuât l'espérance d'une manière atroce, et le comblât de ces mépris publics qui ne permettent plus de revoir les gens.

La naissance de l'amour admet de beaucoup plus longs délais entre toutes ces époques.

Elle exige beaucoup plus d'espérance, et une espérance beaucoup plus soutenue, chez les gens froids, flegmatiques, prudents. Il en est de même des gens âgés.