Si vous remplacez le manque de sécurité personnelle par la juste crainte de manquer d'argent, vous verrez que les États-Unis d'Amérique, par rapport à la passion dont nous essayons une monographie, ressemblent beaucoup à l'antiquité.

En parlant des esquisses plus ou moins imparfaites de l'amour-passion que nous ont laissées les anciens, je vois que j'ai oublié les Amours de Médée dans l'Argonautique. Virgile les a copiées dans sa Didon. Comparez cela à l'amour tel qu'il est dans un roman moderne: le doyen de Killerine, par exemple.

XCV

Le roman sent les beautés de la nature et des arts avec une force, une profondeur, une justesse étonnantes; mais, s'il se met à vouloir raisonner sur ce qu'il sent avec tant d'énergie, c'est à faire pitié.

C'est peut-être que le sentiment lui vient de la nature, et sa logique, du gouvernement.

On voit sur-le-champ pourquoi les beaux arts, hors de l'Italie, ne sont qu'une mauvaise plaisanterie; on en raisonne mieux, mais le public ne sent pas.

XCVI

Londres, 26 novembre 1821.

Un homme fort raisonnable, et qui est arrivé hier de Madras, me dit en deux heures de conversation ce que je réduis aux vingt lignes suivantes:

«Ce sombre, qu'une cause inconnue fait peser sur le caractère anglais, pénètre si avant dans les cœurs, qu'au bout du monde, à Madras, quand un Anglais peut obtenir quelques jours de vacance, il quitte bien vite la riche et florissante Madras pour venir se dérider dans la petite ville française de Pondichéry, qui, sans richesses et presque sans commerce, fleurit sous l'administration paternelle de M. Dupuy. A Madras on boit du vin de Bourgogne à trente-six francs la bouteille; la pauvreté des Français de Pondichéry fait que, dans les sociétés les plus distinguées, les rafraîchissements consistent en grands verres d'eau. Mais on y rit.»