Le public de Paris a une capacité d'attention, c'est trois jours, après quoi, présentez-lui la mort de Napoléon ou la condamnation de M. Béranger à deux mois de prison, absolument la même sensation ou le même manque de tact à qui en reparle le quatrième jour. Toute grande capitale doit-elle être ainsi, ou cela tient-il à la bonté et à la légèreté parisienne? Grâce à l'orgueil aristocratique et à la timidité souffrante, Londres n'est qu'une nombreuse collection d'ermites. Ce n'est pas une capitale. Vienne n'est qu'une oligarchie de deux cents familles environnées de cent cinquante mille artisans ou domestiques qui les servent. Ce n'est pas là non plus une capitale. Naples et Paris, les deux seules capitales (Extrait des Voyages de Birkbeck, page 371).
CXIII
S'il était une époque où, d'après les théories vulgaires, appelées raisonnables par les hommes communs, la prison pût être supportable, ce serait celle où, après une détention de plusieurs années, un pauvre prisonnier n'est plus séparé que par un mois ou deux du moment qui doit le mettre en liberté. Mais la cristallisation en ordonne autrement. Le dernier mois est plus pénible que les trois dernières années. M. d'Hotelans a vu à la maison d'arrêt de Melun plusieurs prisonniers détenus depuis longtemps, parvenus à quelques mois du jour qui devait les rendre à la liberté, mourir d'impatience.
CXIV
Je ne puis résister au plaisir de transcrire une lettre écrite en mauvais anglais par une jeune Allemande. Il est donc prouvé qu'il y a des amours constantes, et tous les hommes de génie ne sont pas des Mirabeau. Klopstock, le grand poète, passe à Hambourg pour avoir été un homme aimable; voici ce que sa jeune femme écrivait à une amie intime:
«After having seen him two hours, I was obliged to pass the evening in a company, which never had been so wearisome to me. I could not speak, I could not play; I thought I saw nothing but Klopstock; I saw him the next day, and the following and we were very seriously friends. But the fourth day he departed. It was a strong hour the hour of his departure! He wrote soon after; from that time our correspondence began to be a very diligent one. I sincerely believed my love to be friendship. I spoke with my friends of nothing but Klopstock, and showed his letters. They raillied at me and said I was in love. I raillied then again, and said that they must have a very friendshipless heart, if they had no idea of friendship to a man as well as to a woman. Thus it continued eight months, in which time my friends found as much love in Klopstock's letters as in me. I perceived it likewise, but I would not believe it. At the last Klopstock said plainly that he loved; and I startled as for a wrong thing; I answered that it was no love, but friendship, as it was what I felt for him; we had not seen one another enough to love (as if love must have more time than friendship). This was sincerely my meaning, and I had this meaning till Klopstock came again to Hamburg. This he did a year after we had seen one another the first time. We saw, we were friends, we loved; and a short time after, I could even tell Klopstock that I loved. But we were obliged to part again, and wait two years for our wedding. My mother would not let marry me a stranger. I could marry then without her consent, as by the death of my father my fortune depended not on her; but this was a horrible idea for me; and thank heaven that I have prevailed by prayers! At this time knowing Klopstock, she loves him as her lifely son, and thanks god that she has not persisted. We married and I am the happiest wife in the world. In some few months it will be four years that I am so happy…» (Correspondence of Richardson, vol. III, page 147.)
CXV
Il n'y a d'unions à jamais légitimes que celles qui sont commandées par une vraie passion.
CXVI
Pour être heureuse avec la facilité des mœurs, il faut une simplicité de caractère qu'on trouve en Allemagne, en Italie, mais jamais en France.