CXXXVII
D'abord le plaisir ne produit pas la moitié autant d'impression que la douleur, ensuite, outre ce désavantage dans la quantité d'émotion, la sympathie est au moins la moitié moins excitée par la peinture du bonheur que par celle de l'infortune. Donc les poètes ne sauraient peindre le malheur avec trop de force; ils n'ont qu'un écueil à redouter, ce sont les objets qui inspirent le dégoût. Encore ici, le taux de cette sensation dépend-il de la monarchie ou de la république. Un Louis XIV centuple le nombre des objets répugnants (Poésies de Crabbe).
Par le seul fait de l'existence de la monarchie à la Louis XIV environnée de sa noblesse, tout ce qui est simple dans les arts devient grossier. Le noble personnage devant qui on l'expose se trouve insulté; ce sentiment est sincère, et partant respectable.
Voyez le parti que le tendre Racine a tiré de l'amitié héroïque, et si consacrée dans l'antiquité, d'Oreste et de Pylade. Oreste tutoie Pylade, et Pylade lui répond Seigneur. Et l'on veut que Racine soit pour nous l'auteur le plus touchant! Si l'on ne se rend pas à un tel exemple, il faut parler d'autre chose.
CXXXVIII
Dès qu'on peut espérer de se venger, on recommence de haïr. Je n'eus l'idée de me sauver et de manquer à la foi que j'avais jurée à mon ami que les dernières semaines de ma prison. (Deux confidences faites ce soir devant moi par un assassin de bonne compagnie qui nous fait toute son histoire.)
Faenza, 1817.
CXXXIX
Toute l'Europe, en se cotisant, ne pourrait faire un seul de nos bons volumes français: les Lettres persanes, par exemple.