Il a été donné aux femmes de sentir, d'une manière admirable, les nuances d'affection, les variations les plus insensibles du corps humain, les mouvements les plus légers des amours-propres.

Elles ont à cet égard un organe qui nous manque; voyez-les soigner un blessé.

Mais peut-être aussi ne voient-elles pas ce qui est esprit, combinaison morale. J'ai vu les femmes les plus distinguées se charmer d'un homme d'esprit qui n'était pas moi, et tout d'un temps, et presque du même mot, admirer les plus grands sots. Je me trouvais attrapé comme un connaisseur qui voit prendre les plus beaux diamants pour des strass, et préférer les strass s'ils sont plus gros.

J'en concluais qu'il faut tout oser auprès des femmes. Là, où le général Lassale a échoué, un capitaine à moustaches et à jurements réussit[60]. Il y a sûrement dans le mérite des hommes tout un côté qui leur échappe.

[60] Posen, 1807.

Pour moi, j'en reviens toujours aux lois physiques. Le fluide nerveux, chez les hommes, s'use par la cervelle, et chez les femmes par le cœur; c'est pour cela qu'elles sont plus sensibles. Un grand travail obligé et dans le métier que nous avons fait toute la vie, console, et pour elles rien ne peut les consoler que la distraction.

Appiani, qui ne croit à la vertu qu'à la dernière extrémité, et avec lequel j'allais ce soir à la chasse des idées, en lui exposant celles de ce chapitre, me répond:

«La force d'âme qu'Éponine employait avait un dévouement héroïque à faire vivre son mari dans la caverne sous terre, et à l'empêcher de tomber dans le désespoir, s'ils eussent vécu tranquillement à Rome, elle l'eût employée à lui cacher un amant, il faut un aliment aux âmes fortes.»

CHAPITRE XXVI
De la pudeur.

Une femme de Madagascar laisse voir sans y songer ce qu'on cache le plus ici, mais mourrait de honte plutôt que de montrer son bras. Il est clair que les trois quarts de la pudeur sont une chose apprise. C'est peut-être la loi seule, fille de la civilisation, qui ne produise que du bonheur.