—Ah! le capitaine Teulier? Eh bien! il a été tué.

«Bravo! se dit Fabrice. Le capitaine Teulier; il faut faire l’affligé.»

—Ah, mon Dieu! cria-t-il, et il prit une mine piteuse.

On était sorti du chemin en contrebas, on traversait un petit pré, on allait ventre à terre, les boulets arrivaient de nouveau, le maréchal se porta vers une division de cavalerie. L’escorte se trouvait au milieu de cadavres et de blessés; mais ce spectacle ne faisait déjà plus autant d’impression sur notre héros; il avait autre chose à penser.

Pendant que l’escorte était arrêtée, il aperçut la petite voiture d’une cantinière, et sa tendresse pour ce corps respectable l’emportant sur tout, il partit au galop pour la rejoindre.

—Restez donc, s...! lui cria le maréchal des logis.

«Que peut-il me faire ici?» pensa Fabrice, et il continua de galoper vers la cantinière. En donnant de l’éperon à son cheval, il avait eu quelque espoir que c’était sa bonne cantinière du matin; les chevaux et les petites charrettes se ressemblaient fort, mais la propriétaire était tout autre, et notre héros lui trouva l’air fort méchant. Comme il l’abordait, Fabrice l’entendit qui disait:

—Il était pourtant bien bel homme!

Un fort vilain spectacle attendait là le nouveau soldat; on coupait la cuisse à un cuirassier, beau jeune homme de cinq pieds dix pouces. Fabrice ferma les yeux et but coup sur coup quatre verres d’eau-de-vie.

—Comme tu y vas, gringalet! s’écria la cantinière. L’eau-de-vie lui donna une idée: il faut que j’achète la bienveillance de mes camarades les hussards de l’escorte.