Ernest descendit à la porte du renégat aux vingt places, et le sermon finit.

«—Il est drôle, mon cousin, pensa Lucien; c'est absolument comme Mme Grandet qui prétend qu'il est important pour moi d'aller à la cour. Cela est indispensable quand on est destiné à avoir cent cinquante mille livres de rente et qu'on ne porte pas un beau nom!

Parbleu! je serais bien fou de faire des choses ennuyeuses! Qui prend garde à moi dans Paris?»

Notre héros était un jeune homme extrêmement neuf, comme on voit, et singulier en ceci, qu'il ne cherchait point à paraître homme d'esprit, on à jouer avec grâce le rôle de jeune fou. En choses permises, il faisait à chaque moment ce qui lui causait le plus de plaisir à ce moment même. Souvent, il était occupé huit jours de suite à lire un beau mémoire d'Euler ou de Lagrange, et alors il oubliait tout, jusqu'à son cheval même.

Une seule chose peut-être annonçait chez Lucien un esprit distingué: il avait horreur du vulgaire, et pour lui ce mot s'étendait loin.

«—Les propos de ces gens-là, disait-il à sa mère, me dessèchent l'âme pour toute une journée.»

Peu de semaines après le sermon d'Ernest Déverloy, Lucien se promenait dans sa chambre; il suivait avec une attention scrupuleuse les compartiments d'un riche tapis de Turquie que Mme Leuwen avait fait poser dans sa chambre, un jour qu'il était enrhumé. À la même occasion, Lucien avait été revêtu d'une magnifique robe de chambre et d'un pantalon bien chaud de cachemire. Dans ce costume, il avait l'air heureux, les traits souriants.

À chaque tour, il détournait un peu les yeux, sans s'arrêter pourtant, et regardait une ottomane; sur cette ottomane était jeté un habit vert avec passepoils amarante et des épaulettes de sous-lieutenant.

C'était là le bonheur.

* * *