Son arrivée la combla de joie. Elle s'était dit en sortant de chez Mme de Commercy: «Il doit être si mécontent de lui et de moi, qu'il prendra le parti de m'oublier. Si je le revois encore, ce ne sera que dans quelques jours.»
Dans l'obscurité profonde, elle distinguait le feu du cigare de Lucien.
Elle l'aimait à la folie à ce moment.
Si, dans ce silence profond et universel, Lucien eût eu le génie de s'avancer sous sa fenêtre et de lui dire à voix basse quelques mots:
«—Bonsoir, madame! Daigneriez-vous me montrer que je suis entendu?»
Très probablement elle lui eût dit: «Adieu, monsieur Leuwen», et l'intonation de ces trois mots n'eût rien laissé à désirer à l'amant le plus exigeant.
Après avoir fait le sot, comme il se le disait à lui-même, Lucien alla chercher un certain café où il était, sûr de trouver quelques lieutenants du régiment.
Il était si à plaindre que les rencontrer lui fut un vrai bonheur.
Les jeunes gens furent bons enfants cette nuit-là, sauf à reprendre le lendemain une froideur de bon ton.
Après avoir joué, il fut décidé que l'on n'emporterait pas les quelques napoléons que l'on s'était gagnés; on fit venir du vin de Champagne, et Lucien s'enivra au point que le garçon de café et un voisin qu'il appela le reconduisirent chez lui.