«—Avoir de l'avancement... du moins de l'argent... Allons, tout de suite pourquoi pas piller l'Allemand ou l'Espagnol, comme N... ou S... N...!»
Sa lèvre, en exprimant un dégoût profond, laissa tomber le petit cigare de papier de réglisse sur le beau tapis turc donné par sa mère; il le releva précipitamment. C'était déjà un autre homme; le dégoût pour la guerre avait disparu.
«—Bah! se dit-il, jamais la Russie ni les autres despotismes ne pardonneront aux Trois Journées. Alors, il sera bon de se battre!»
Une fois rassuré, ses regards reprirent avec un nouveau plaisir la direction de l'ottomane où le tailleur militaire le plus renommé venait d'exposer l'uniforme de sous-lieutenant.
Il se figurait la guerre d'après ses exercices de canon au bois de Vincennes.
«—Peut-être une blessure!»
Mais ici apparaît l'enfant préservé par l'amour de l'étude de la corruption du boulevard. Peut-être une blessure!... et il se voyait dans une chaumière de Souabe ou d'Italie. Une jeune fille charmante dont il n'entendait pas la langue, lui donnait des soins d'abord par humanité, et ensuite...
Quand Lucien était las des soins d'une naïve et fraîche paysanne, c'était une jeune femme de la cour, exilée par un mari bourru dans un château voisin.
D'abord elle envoyait un valet de chambre qui apportait de la charpie au jeune blessé, et, quelques jours après, elle paraissait elle-même, donnant le bras à un respectable curé.
«—Mais non, reprenait Lucien en fronçant le sourcil et songeant aux plaisanteries dont son père l'accablait depuis son grade, je ne ferai la guerre qu'aux cigares. Je deviendrai un pilier de quelque sale café, dans la triste garnison d'une petite ville mal pavée. J'aurai, pour mes plaisirs du soir, des parties de billard et des bouteilles de bière, et quelquefois, le matin, la guerre aux trognons de choux contre de pauvres ouvriers mourant de faim.