«—Nos gouvernants sont trop mal en selle pour hasarder la guerre véritable; un caporal comme Hoche sortirait des rangs un beau matin, et dirait aux soldats:
«Mes amis, marchons sur Paris et faisons un premier consul qui ne se laisse pas bafouer par Nicolas.»
Mais je veux que le caporal réussisse, continua-t-il philosophiquement, en rallumant son cigare; une fois la nation en colère et amoureuse de la gloire, adieu la liberté! Le journaliste qui élèvera des doutes sur le bulletin de la dernière bataille, sera traité comme un traître; on criera à l'allié de l'ennemi; il sera massacré, comme l'ont les républicains d'Amérique.
Encore une fois, nous serons distraits de la liberté, par l'amour de la gloire. Cercle vicieux..., et ainsi à l'infini.»
On voit que notre héros n'était pas tout à fait exempt de cette maladie de trop raisonner qui coupe bras et jambes à la jeunesse de Paris et lui donne le caractère d'une vieille femme.
«—Quoi qu'il en soit, se dit-il tout à coup, ils prétendent tous qu'il faut être quelque chose. Eh bien! je serai lancier.
Quand je saurai le métier, j'aurai rempli mon but, et alors comme alors...»
Le soir, revêtu d'épaulettes pour la première fois de sa vie, les sentinelles des Tuileries lui présentèrent les armes: il fut ivre de joie.
Ernest Déverloy, véritable intrigant et qui connaissait tout le monde, le menait chez le lieutenant-colonel du 27e de lanciers, M. Filloteau, qui se trouvait à Paris.
Lucien vit un homme à la taille épaisse et à l'œil cauteleux, qui portait de longs favoris blonds peignés et appliqués contre la joue; en un mot, une tournure de procureur de basse Normandie.