Les cors étaient délicieux à entendre dans le lointain; il s'établit un profond silence.
Par bonheur, lorsqu'on arriva aux voitures, il se trouva qu'une des demoiselles de Serpierre avait oublié son mouchoir dans le jardin du Chasseur Vert; on proposa d'envoyer un domestique.
Lucien, revenant de bien loin à la conversation, fit observer à Mme de Serpierre que la soirée était superbe, que Mlles de Serpierre avaient moins couru que l'avant-veille, que les voitures pouvaient suivre, etc... Enfin, par une foule de bonnes raisons, il concluait qu'il serait peut-être plus agréable de retourner à pied.
On renvoya la décision à Mme de Chasteller.
«—À la bonne heure, dit-elle, mais à condition que les voitures ne suivent pas; ce bruit de roues qui s'arrêtent quand vous arrêtez, est désagréable.»
Lucien pensa que les musiciens étant payés, allaient quitter le jardin; il envoya un domestique les engager à recommencer les morceaux de Don Juan et des Nozze.
Il revint auprès de ces dames, et reprit sans difficulté le bras de Mme de Chasteller.
On marchait tous ensemble; la conversation générale était aimable et gaie. Lucien parlait pour la soutenir et ne pas faire remarquer son silence.
Mme de Chasteller et lui n'avaient garde de rien se dire; ils étaient trop heureux ainsi.
Bientôt on entendit les cors recommencer. En arrivant au jardin, Lucien prétendit que M. de Serpierre et lui avaient grande envie de prendre du punch, et qu'on en ferait un très doux pour les dames. Comme l'on se trouvait bien ensemble, la motion du punch passa malgré l'opposition de Mme de Serpierre prétendant que rien n'était plus nuisible au teint des jeunes filles.