On ne rentra à Nancy qu'à neuf heures et demie du soir.

* * *

Lucien avait manqué à un devoir de caserne: l'appel du soir avait eu lieu sans lui, et il était de semaine. Il courut bien vite chez l'adjudant qui lui conseilla de s'aller dénoncer au colonel.

Ce colonel était ce qu'on appelait, en 1834, un juste-milieu forcené et commun, et fort jaloux de l'accueil que Lucien recevait dans la bonne compagnie.

Le manque de succès dans ce quartier, comme disent les Anglais, pouvait retarder le moment où ce colonel si dévoué serait fait général, aide de camp du roi, etc... Il ne répondit à la démarche du sous-lieutenant que par quelques mots forts secs qui le mettaient aux arrêts pour vingt-quatre heures.

Cette idée l'occupa toute la nuit.

C'était tout ce que celui-ci craignait. Il rentra chez lui pour écrire à Mme de Chasteller.

Après mille incertitudes, il envoya tout simplement un domestique porter à l'hôtel Pointcarré une lettre qui pouvait être lue de tous.

Il n'osait en vérité écrire à Mme de Chasteller. Tout son amour était revenu et, avec lui, l'extrême terreur qu'elle lui inspirait.

Le surlendemain, à quatre heures du matin, il fut réveillé par l'ordre de monter à cheval.