Il trouva tout en émoi à la caserne.

Un sous-officier d'artillerie était fort affairé à distribuer des cartouches aux lanciers.

Les ouvriers d'une ville, à huit ou dix lieues de là, venaient, dit-on, de s'organiser et de se confédérer.

Le colonel Malher parcourait la caserne en disant aux officiers, de façon à être entendu des lanciers:

«—Il s'agit de leur donner une leçon qui compte au piquet. Pas de pitié pour ces b...-là. Il y aura des croix à gagner.»

En passant sous les fenêtres de Mme de Chasteller, Lucien regarda beaucoup; mais il ne put rien apercevoir derrière les rideaux de mousseline brodée, parfaitement fermés. Il ne put pas la blâmer; le moindre signe pouvait être aperçu et commenté par les officiers du régiment.

Le fait est que toutes les dames de la ville occupaient les fenêtres de la rue de la Pompe et de la suivante, que le régiment avait à parcourir pour sortir de la ville. Les roues des pièces et des caissons ébranlaient les maisons de bois de Nancy et causaient à ces dames une terreur pleine de plaisir.

Lucien salua Mmes d'Hocquincourt, de Puy-Laurens, de Serpierre, de Marcilly.

«—Me voilà allant sabrer les tisserands, comme dit élégamment M. de Wassignies. Si l'affaire est chaude, le colonel sera fait commandeur de la Légion d'honneur, et moi je gagnerai un remords.»

Le 23e de lanciers employa six heures pour faire les huit lieues qui séparent Nancy de N... Le régiment était retardé par la dernière batterie d'artillerie.