Le colonel Malher reçut trois estafettes et, à chaque fois, il fit changer les chevaux des pièces de canon. On mettait à pied les lanciers dont les chevaux paraissaient les plus propres à être attelés.

À moitié chemin, M. Féron, le préfet, rejoignit le régiment au grand trot; il le longea de la queue à la tête pour parler au colonel et eut l'agrément d'être hué par les lanciers.

Il avait un sabre que sa taille exiguë faisait paraître immense. Le murmure sourd se changea en éclats de rire, qu'il chercha à éviter en mettant son cheval au galop, etle rire redoubla avec les cris ordinaires: «Il tombera, il ne tombera pas!!!»

Mais le préfet eut bientôt sa revanche. À peine engagés dans les rues étroites et sales de N..., les lanciers furent hués par les femmes et les enfants des ouvriers placés aux fenêtres des pauvres maisons, et par les ouvriers eux-mêmes qui, de temps en temps, paraissaient aux coins des ruelles les plus étroites.

On entendait les boutiques se fermer rapidement de toutes parts.

On arriva sur une place irrégulière et fort longue, garnie de cinq ou six mûriers rabougris, et traversée dans toute sa longueur par un ruisseau infect, chargé de toutes les immondices de la ville.

L'eau en était bleue, servant aussi d'égout à plusieurs ateliers de teinture.

Le colonel mit son régiment en bataille le long de ce ruisseau; là, les malheureux lanciers, accablés de soif et de fatigue, passèrent sept heures, exposés à un soleil brillant du mois d'août.

Comme nous l'avons dit, à l'arrivée du régiment toutes les boutiques s'étaient fermées, et les cabarets plus vite que le reste.

«—Nous sommes frais, criait un lancier.