«—Nous voici en bonne odeur, répondait une autre voix.
«—Silence, f....e!» glapissait quelque lieutenant juste-milieu.
Lucien remarqua que tous les officiers qui se respectaient, gardaient un silence profond et avaient l'air fort sérieux.
Il s'observait lui-même, et se trouvait de sang-froid, comme à une expérience de chimie à l'École polytechnique. Ce sentiment égoïste diminuait beaucoup de son horreur pour ce genre de service.
Le grand lieutenant grêlé, dont le lieutenant-colonel Filloteau lui avait parlé, vint lui causer des ouvriers en jurant.
Lucien ne répondit pas un mot et le regarda avec un mépris inexplicable.
Comme le lieutenant s'éloignait, quatre ou cinq voix prononcèrent assez haut: «Espion! espion!!»
Lucien eut l'idée d'envoyer ses domestiques à deux heures de là, dans un village qui devait être paisible, pour acheter à tout prix une centaine de pains et du fourrage.
Les domestiques réussirent et, vers les quatre heures, on vit arriver avec plaisir quatre chevaux chargés de pain, et deux autres chargés de foin.
À l'instant il se fit un profond silence. Les paysans vinrent parler à Lucien qui les paya bien. Il en fit faire la distribution aux soldats de sa compagnie.