Ses devoirs comme militaire avaient disparu à ses yeux; il se sentait comme un homme à l'agonie qui approche des derniers moments.
Toutes choses du monde avaient perdu leur importance à ses yeux; deux objets seuls surnageaient: sa mère et Mme de Chasteller.
Pour cette âme épuisée par la douleur, l'idée folle de ce voyage fut comme une consolation, la seule qu'il entrevît.
Il renvoya son cheval à Nancy et écrivit au colonel Filloteau pour le prier de ne pas parler de son absence.
«—Je suis mandé par le ministre de la Guerre»; ce mensonge se trouva sous sa plume parce qu'il eut la crainte d'être poursuivi.
Il demanda un cheval à une poste; comme, sur son air égaré, on lui faisait quelques objections, il se dit envoyé par le colonel Filloteau, du 23e de lanciers, à une compagnie du régiment qui était détachée à Reims, pour faire la guerre aux ouvriers. Les difficultés qu'il eut pour obtenir son premier cheval ne se renouvelèrent plus, et trente-deux heures après il était à Paris.
Près d'entrer chez sa mère, il pensa qu'il lui ferait peur; il alla descendre à un hôtel garni voisin, et ne revint chez lui que quelques heures plus tard.