«—Quoique ça, c'est un bon lapin,» dit un vieux maréchal des logis à moustache blanche.

«—Jamais cette rosse n'a été mieux montée,» dit un lancier.

Lucien était rouge et affectait une mine simple.

À peine le régiment fut-il à la caserne, et le service réglé, que Lucien courut à la poste aux chevaux au grand trot.

«—Monsieur, dit-il au maître de poste, je suis officier, comme vous voyez, et je n'ai pas de cheval; cette rosse qu'on m'a prêtée au régiment, peut-être pour se moquer de moi, m'a déjà jeté par terre, comme vous voyez encore, ajouta-t-il en soupirant et regardant des vestiges de boue qui, ayant séché, blanchissaient son uniforme au-dessus du bras gauche. En un mot, monsieur, avez-vous un cheval passable, ou connaissez-vous un cheval passable à vendre dans la ville? Il me le faut à l'instant.

«—Parbleu, monsieur, voilà une belle occasion pour vous mettre dedans. C'est pourtant ce que je ne ferai pas» dit M. Bouchard, le maître de poste: et il regardait ce jeune monsieur élégant pourvoir de combien de louis il pourrait surcharger le prix du cheval à vendre.

«—Vous êtes officier, monsieur; je me permettrai de vous demander si vous avez fait la guerre?»

À cette question qui pouvait être une plaisanterie, la physionomie ouverte de Lucien changea rapidement.

«—Il ne s'agit pas de savoir si j'ai fait la guerre, monsieur le maître de poste, mais si vous avez un cheval à vendre.» Cela fut dit d'un ton ferme et hautain.

«—Monsieur, reprit Bouchard d'un ton mielleux et comme si rien ne s'était passé entre eux, j'ai été plusieurs années brigadier et ensuite maréchal des logis aux cuirassiers, blessé à Waterloo dans l'exercice de ces fonctions; c'est pourquoi je parlais guerre.