Quant aux chevaux, les miens sont des bidets de dix ou douze louis, peu dignes d'un officier bien mis et requinqué comme vous; bons tout au plus à faire une course. De vrais bidets, quoi!

Mais si vous savez manier un cheval, notre jeune préfet, M. Féron, a votre affaire. Cheval anglais, vendu par un vieillard qui habile le pays et bien connu des amateurs; jarret superbe, épaules admirables, valeur trois mille francs, lequel n'a jeté par terre M. Féron que quatre fois, par la grande raison que ledit préfet n'a osé le monter que quatre fois. La dernière chute eut lieu en passant la revue de la garde nationale, composée en partie de vieux troupiers; moi, par exemple, maréchal des logis.......

«—Marchons, monsieur, reprit Lucien avec humeur. Je l'achète à l'instant.»

Le ton décidé de Lucien sur le prix de trois mille francs et sa fermeté à lui couper la parole, enlevèrent l'ancien sous-officier.

«—Marchons, mon lieutenant,» dit-il avec tout le respect désirable, et il se mit à suivre à pied la rosse dont Lucien n'était pas descendu.

Il faillit aller chercher la préfecture. Elle était dans un coin reculé de la ville, vers le magasin à poudre, à cinq minutes de la partie habitée.

C'était un ancien couvent, fort bien arrangé par un des derniers préfets de l'Empire.

Le pavillon habité par le préfet était entouré d'un jardin anglais.

Ces messieurs arrivèrent à une porte en fer.

Des entresols où étaient les bureaux, on les renvoya à une autre porte à colonnes et conduisant à un premier étage magnifique où logeait M. Féron.