Lucien alla voir le colonel Filloteau et s'informa des petits devoirs de convenance que devait remplir, un premier jour, un sous-lieutenant arrivant au régiment. Il alla faire deux ou trois visites, et ce signe d'une éducation parfaite eut tout le succès désirable.
À peine libre, il revint passer sous les fenêtres de Mme de Chasteller, dans la rue de la Pompe. Quelques appels de bride invisibles donnèrent au cheval du préfet, étonné de l'insolence de son cavalier, des petits mouvements d'impatience charmants pour les connaisseurs. Mais en vain Lucien se tenait immobile en selle, et même un peu raide, les persiennes restèrent fermées. Il reconnut parfaitement la fenêtre d'où l'on avait ri en le voyant tomber. Elle était assez petite et appartenait au premier étage d'une assez grande maison qui avait une porte avec grille de fer donnant sur une rue voisine nommée des Vieux-Jésuites.
Au-dessus de la porte de cette sorte d'hôtel il lut en lettres d'or, sur un marbre noirâtre:
Hôtel de Pointcarré
«—Au diable la provinciale! se dit Lucien. Où est la promenade de cette sotte ville?»
En moins de trois quarts d'heure, grâce au trot de son cheval, il fit le tour de Nancy et de ses chefs-d'œuvre.
Il n'aperçut d'autre promenade qu'une longue place traversée aux deux bouts de fossés puants, charriant les immondices de la ville, et où végétait mal une centaine de petits tilleuls rabougris et soigneusement taillés en éventail.
«—Peut-on se figurer rien au monde de plus maussade!», pensait Lucien, le cœur serré par tant de laideur.
Il y avait pourtant de l'ingratitude dans ce sentiment de dégoût profond; car pendant sa promenade il avait été remarqué par Mmes d'Hocquincourt, de Puy-Laurens, et même Mlle Berchu, la reine des beautés bourgeoises.
«—Maman, maman, s'était-elle écriée en apercevant le cheval du préfet, célèbre dans toute la ville, c'est Lara, à M. le préfet. Mais cette fois le cavalier n'a pas peur.