«—Il faut que ce soit un jeune homme bien riche,» avait dit Mme Berchu, et cette idée avait bientôt absorbé l'attention de la mère et de la fille.

Ce même jour, toute la société noble de Nancy se trouvait à dîner chez Mme d'Hocquincourt: on célébrait la fête d'une des princesses exilées.

À côté d'une dizaine d'imbéciles, amoureux du passé et craignant l'avenir, il y avait sept ou huit anciens officiers de la garde de Charles X, licenciés après les journées de Juillet.

Ces jeunes gens, pleins de feu, aimant la guerre par-dessus tout, se croyaient obligés de bouder et ne s'amusaient guère. Ce genre de vie ne les rendait pas bien indulgents pour les jeunes officiers de l'armée, et cette envie se trahissait par un mépris affecté.

Sans s'en douter, Lucien, passant deux fois devant l'hôtel d'Hocquincourt, fut examiné et jugé de pied en cap par tout ce qu'il y avait de plus pur à Nancy, soit du côté de la naissance, soit par les bons principes.

«—Le cheval de ce pauvre petit préfet doit être bien étonné de se voir monter avec hardiesse, dit M. d'Antin, l'ami de Mme d'Hocquincourt.

«—Ce petit jeune homme n'est pas... élégant à cheval, mais il monte bien, dit M. de Wassignies.

«—C'est apparemment un de ces garçons tapissiers ou fabricants de chandelles, qui s'appellent des héros de Juillet, dit M. de Goëllo, un grand jeune homme blond, mais sec et pincé, et déjà couvert de rides.

«—Que vous êtes arriéré, mon pauvre Goëllo, dit Mme de Puy-Laurens, l'esprit du pays. Les pauvres Juillet ne sont plus à la mode depuis longtemps; ce sera le fils de quelque député ventru et vendu.

«—D'un de ces éloquents personnages qui, placés en droite ligne derrière le dos du ministre, crient chut! ou éclatent de rire à propos d'un amendement sur les vivres des forçats, au signal que leur donne le dos du ministre.»